L’agriculture urbaine : un outil des banques alimentaires pour lutter contre l’insécurité alimentaire
Avec la parution de l’étude nationale annuelle de Banques alimentaires Canada, le Laboratoire sur l’agriculture urbaine publie son étude sur l’apport de l’agriculture urbaine comme outil pour les banques alimentaires au Québec. Si le constat du Bilan-Faim 2026 est sans appel, l’insécurité alimentaire est grandissante au Canada et au Québec, celui du Laboratoire sur l’agriculture urbaine (AU/LAB) montre l’usage fait par les banques alimentaires d’initiatives en agriculture urbaine afin de répondre à une partie de la demande, mais aussi pour réaliser d’autres formes d’intervention.
Depuis plusieurs années, AU/LAB constate que de plus en plus de banques alimentaires et autres organismes agissant en sécurité alimentaire démarrent des projets d’agriculture urbaine afin de combler les besoins en fruits et légumes frais dans les paniers alimentaires, dont la demande est grandissante. C’est le cas au Québec, mais aussi au Canada, en Amérique du Nord et en Europe. Des communautés reprennent le contrôle sur les infrastructures et les outils de production alimentaire. Par exemple, en France, de nombreuses villes développent des fermes en régie municipale afin de répondre aux enjeux d’insécurité alimentaire.
Au Québec, si des organismes comme Le Dépôt, le Carrefour solidaire et la Butineuse de Vanier sont des précurseurs avec leurs jardins collectifs, les banques alimentaires diversifient aujourd’hui les projets d’agriculture urbaine. Certaines développent désormais des projets de plus grande envergure : des fermes urbaines sociales. Des cas exemplaires, tels que la ferme agricole pour tous de la Cuisine collective d’Hochelaga-Maisonneuve, le Marigot agricole du Centre d’entraide du Marigot ou le Jardin solidaire FilOnSème du Filon, peuvent inspirer.
Éclairer un mouvement
Afin d’éclairer ce mouvement et l’utilisation de cet outil d’intervention qu’est l’agriculture urbaine par les banques alimentaires, AU/LAB a lancé un sondage pour documenter les initiatives et comprendre les motivations et enjeux. Avec la collaboration de Moisson Montréal et des membres Moisson et de membres affiliés à l’échelle du Québec, les banques alimentaires et autres organismes agissant en sécurité alimentaire ont pu faire état de leurs projets, des défis rencontrés et de leurs besoins d’accompagnement.
Le sondage révèle que les potagers collectifs et les fermes urbaines sont les formes les plus fréquentes d’AU. Un intérêt pour la production en intérieur et sur toit est aussi présent. Les principaux objectifs de l’AU pour les banques alimentaires sont de fournir des aliments frais aux utilisateurs⸱trices et de pouvoir offrir des activités de littératie alimentaire et des activités sociales.
Les défis sont nombreux, en commençant par le financement à la fois pour la mise en place des infrastructures et l’exploitation des projets. Être bien accompagné dans toute la démarche (idéation, mise en œuvre, exploit tion) des projets d’AU est également difficile. En ce sens, la majorité des organismes aimerait bénéficier d’un accompagnement de la part d’un organisme spécialisé en agriculture urbaine. Les banques alimentaires misent en priorité sur l’accompagnement pour la mise en place de leur projet, et l’obtention de conseils agronomiques pour répondre à des besoins spécifiques. Les organismes espèrent ainsi concrétiser leur projet d’AU, assurer le succès et la pérennité de leur initiative, et gagner en autonomie pour la production en cours par l’acquisition de connaissances et de compétences. Il faut souligner qu’un seul organisme sur la cinquantaine de répondants inscrits dans une pratique de l’agriculture urbaine estime avoir atteint un niveau « avancé » de connaissances et de compétences en AU.
L’agriculture urbaine une voie pour la sécurité alimentaire qui demande à être explorée
Ce premier coup de sonde de l’intérêt et de l’engagement en agriculture urbaine des organismes d’aide alimentaire à l’échelle du Québec révèle que plusieurs projets d’AU ont cours ou sont en développement. Par-delà le principal objectif de fournir des aliments frais pour compléter l’offre des paniers alimentaires, les organismes estiment important d’avoir accès à un espace de production collectif pour leurs utilisateur⸱trices et la communauté, qui constituent des espaces d’apprentissage et de socialisation.
Plusieurs aspects mériteraient d’être approfondis, afin de mieux saisir les dynamiques en cours à l’échelle du Québec entre les organismes situés dans des milieux plus ruraux et ceux situés dans des centres urbains fortement densifiés, que ce soit par rapport aux objectifs poursuivis et à l’atteinte de ceux-ci par l’agriculture urbaine, les défis vécus en lien avec la logistique de stockage et de transport, ou le développement de partenariats avec d’autres producteurs agricoles à vocation sociale. Dans tous les cas, il importe de documenter l’action des organismes d’aide alimentaire qui s’outillent et développent des circuits courts d’approvisionnement autonomes par l’agriculture urbaine.
Pour citer le rapport
Langlais, C. Eric Duchemin, 2026, L’agriculture urbaine : un outil de banques alimentaires pour lutter contre l’insécurité alimentaire, Laboratoire sur l’agriculture urbaine, 27p.
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Ce rapport a bénéficié de la collaboration de Moisson Montréal et de différentes autres Moissons du Québec et de membres affiliés aux Banques alimentaires du Québec pour la diffusion du questionnaire.
L’étude a été réalisée dans le cadre du programme Cultiver la ville, nourrir le changement, propulsé par AU/LAB, soutenu par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale dans le cadre du Plan d’action gouvernemental visant la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale 2024-2029.
Le Laboratoire sur l’agriculture urbaine (AU/LAB) se définit comme un laboratoire de recherche, de formation, d’innovation et d’intervention en agriculture urbaine. Organisme à but non lucratif, AU/LAB agit dans une perspective de participation au développement d’un système alimentaire urbain, d’un urbanisme viable et d’une économie circulaire.