Requalification d’un secteur industriel par l’agriculture urbaine : Études sur l’analyse du potentiel et de la viabilité économique

Le Laboratoire sur l’agriculture urbaine (AU/LAB) vient de publier une étude sur le potentiel des fermes urbaines dans la relance économique et le renouveau d’un secteur industriel à Montréal. Cette étude a permis de développer et d’appliquer une méthode permettant d’établir la viabilité économique du développement à grande échelle des fermes urbaines et de documenter comment les fermes urbaines peuvent s’inscrire dans le métabolisme urbain par une gestion locale de la matière organique résiduelle. Bien que l’étude porte sur des territoires spécifiques de la Ville de Montréal, les résultats nous permet de tirer quelques enseignements pouvant servir à d’autres territoires.

114 bâtiments ont été identifiés afin de pouvoir accueillir des fermes urbaines sur toit dans les deux secteurs, soient le District Central de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville et le secteur Hodge-Lebeau de l’arrondissement de Saint-Laurent. Ils totalisent une superficie de toit de 398 870 m2 (39,9 ha) et une superficie cultivable légèrement inférieure, soit de 359 260 m2 (35,9 ha). Le développement de l’ensemble de ces 114 toits nécessiterait un investissement total entre 16,3 M$ et 64,7 M$, selon les types de toits maraîchers mis en place, alors que des revenus annuels de production se situant entre 10,4 M$ et 15,9 M$ peuvent potentiellement être générés. En considérant l’ensemble des sites cartographiés, l’exploitation des toits verts comestibles et productifs nécessiterait le travail d’un peu plus de 480 personnes annuellement, pour des coûts en main-d’œuvre de 10 588 003 $. En analysant les investissements et les frais d’exploitation nécessaires au développement des fermes urbaines sur toit comparés aux revenus de production potentiels, on constate qu’il est difficile pour un projet d’être en mesure de rembourser les investissements des installations sans autres revenus ou sans financement des infrastructures initiales, dont par des subventions pour les services écosystémiques fournis par les fermes urbaines sur toit. Par contre l’exploitation est économique viable.

Se basant sur les trois scénarios de production développés par AU/LAB dans le cadre de ses recherches de production sur toit, le développement d’un réseau de fermes urbaines dans le District Central et le secteur Hodge-Lebeau permettrait de produire environ 2 000 tonnes de légumes frais durant la saison estivale et de fournir les besoins pour près de 60 000 adultes.

Par contre, soulignons que l’intérêt d’une ferme sur toit, dont le coût est le même qu’un toit vert équivalent non comestible, ne se résume pas à la simple activité de production agricole : la distribution de produits frais pour les travailleurs des environs, l’apparition de nouveaux espaces verts sur les toits, l’organisation d’événements culturels et gastronomiques rassembleurs sont autant de retombées positives découlant de la présence d’une ferme urbaine dans un quartier. La création d’un milieu de vie et la dynamisation de l’écosystème sont effectivement des avantages majeurs quoique non quantifiables qui découlent de la présence de fermes urbaines. C’est sans compter sur la multitude de services écologiques environnementaux rendus par les toits végétalisés : l’augmentation de la biodiversité, la lutte aux îlots de chaleur, l’adaptation aux changements climatiques, la gestion de l’eau de pluie, etc. Les services écosystémiques rendus par les fermes urbaines sont d’autant plus significatifs lorsque celles-ci s’inscrivent dans le métabolisme urbain, dans le cadre de la gestion matière organique, par exemple. Par contre, il reste encore de nombreuses recherches nécessaires afin de bien estimer les services écosystémiques des fermes urbaines sur toit, mais aussi de voir quelles sont les bonnes pratiques. Ceci est l’un des axes de recherche-action de AULAB pour les prochaines années.

La mise en place d’incitatifs pour les propriétaires ou de subventions pour les services écosystémiques sont certainement des avenues à explorer afin d’assurer l’accès aux espaces et la rentabilité des projets de fermes urbaines, tout comme le développement l’usage « agriculture urbaine » dans le règlement de zonage des villes et la protection du patrimoine bâti de qualité qui a le potentiel d’accueillir des projets d’envergure. Outre des fermes urbaines, les toits pourraient aussi accueillir des jardins communautaires et collectifs.

En outre, les données obtenues auprès des propriétaires des bâtiments d’intérêt laissent croire à une adéquation entre les spécificités techniques de leurs bâtiments et les exigences des productrices et producteurs urbains sur toit et en intérieur. Si les propriétaires voient de bon œil l’agriculture urbaine, reste à réaliser le maillage entre les producteurs et ceux-ci. C’est justement le mandat du programme MontréalCulteurs mené par AULAB.

Enfin, la mise en marché et la distribution de l’ensemble de cette production provenant d’un réseau de fermes sont un autre enjeu. Que ce soit par la mise en marché direct, par le système de distribution agroalimentaire, par la vente en ligne ou sur des marchés publics, de nombreuses contraintes et défis attendraient un tel réseau. C’est un autre enjeu auquel la recherche-action que mène AULAB tentera de répondre dans les prochaines années.

Pour consulter l’étude :

Duchemin, É., A.-M. Bernier, P. Roy, J.-M. Archambault, É. Lagacé (2021) Potentiel d’implantation de fermes urbaines dans le District Central et le secteur Hodge-Lebeau : Impact économique et perspectives de développement. AU/LAB. 40 p.

Pour consulter le guide pour les propriétaires d’immeubles afin d’accueillir une ferme urbaine, développé dans le cadre du projet :

Des espaces adaptés aux fermes urbaines sur toit et en intérieur : guide à l’intention des propriétaires, gestionnaires d’immeubles et agents de développement économique

Ce projet est réalisé grâce au soutien financier de la Communauté métropolitaine de Montréal et de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville de la Ville de Montréal dans le cadre du Programme de développement des activités agricoles et du secteur bioalimentaire de la Communauté métropolitaine de Montréal 2019 – 2021 financé par le Secrétariat à la région métropolitaine du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation du Québec. Ce projet se fait avec la participation de nombreux partenaires dont la Ville de Montréal, le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, le Ministère des Affaires municipales et de l’Habitation du Québec, PME-MTL Centre-Ouest, la Société de développement commercial District central, Les Fermes AquaVerti et la Centrale agricole.

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