L’alimentation, enjeu oublié de la campagne électorale municipale

Jean-Philippe Vermette, Directeur des interventions et politiques publiques au Laboratoire sur l’agriculture urbaine prend la plume dans le cadre des élections municipales québécoises. Position du Laboratoire pour l’implication des villes dans la question alimentaire.

À la lecture des plateformes électorales des deux principales formations politiques municipales, force est de constater qu’encore une fois, l’alimentation ne pèsera pas lourd dans les urnes. Quelques mentions ici et là d’alimentation, mais trop peu d’idées tangibles et prometteuses pour Montréal au cours des prochaines années. Pourquoi si peu d’appétit de nos villes pour la chose alimentaire ?

On y parle de transports collectifs, de projets d’infrastructures, de tourisme et de développement économique, de sports et de loisirs, des champs de compétences municipales, j’en conviens. Mais à qui appartient la compétence alimentaire ?

Les villes peuvent-elles intervenir sur les questions alimentaires, et si tel est le cas, que faire ? Bon nombre d’individus s’en remettent à la bonne volonté des agriculteurs, des transformateurs et des grandes enseignes de mise en marché pour régler (ou non) les dysfonctions engendrées par le système alimentaire actuel. Déjà, en 1929, le fonctionnaire municipal attitré au dossier du commerce à la Ville de New York écrivait dans son ouvrage How Great Cities Are Feed que l’un des principaux rôles des autorités municipales, régionales et nationales était d’éliminer les obstacles politiques et économiques à la libre circulation des aliments. Près de 100 ans plus tard, nous assistons à un flagrant constat d’échec de ce désengagement politique de l’alimentation aussi bien en ville qu’à la campagne, au nord comme au sud.

Agriculture régionale tournée vers les marchés d’exportation, création de déserts alimentaires, externalités environnementales néfastes de plusieurs activités agricoles, manque de relève dans plusieurs secteurs alimentaires (agriculture, cuisine, service à la clientèle), hausse du prix des aliments de base, perte de variétés et d’essences indigènes, et j’en passe… La liste d’épicerie pourrait remplir à elle seule la page de ce journal.

Quelques défis

Devant cet immense défi collectif, quel rôle pour nos municipalités en 2017 ? Comme dans n’importe quel dossier, il n’y pas de solution miracle. Mais à ce titre, les centres sportifs jouent un rôle pour contrer l’obésité et les maladies cardiovasculaires, les maisons de la culture font que tous les montréalaises et montréalais sont cultivés et sensibles aux différentes expressions artistiques, les bibliothèques sont des outils pour contrer l’analphabétisme. Sans régler tous les problèmes, les infrastructures urbaines induisent un désir d’utilisation auprès des citoyens. Plus de pistes cyclables, plus de vélos. Plus de marchés publics et plus de lieu de production alimentaire urbain, plus d’aliments sains et locaux?

Pourquoi ne pas se lancer le défi collectif d’en faire plus sur les enjeux alimentaires d’aujourd’hui ? On pourrait mettre un peu plus de produits locaux dans l’assiette des citoyens en soutenant davantage les marchés publics.

Reconnaître le droit de se nourrir autrement que par un acte commercial en développant des programmes d’agriculture urbaine digne de ce nom dans l’ensemble des villes du Québec, comme ce fut le cas en 1974 lors de la création du programme des jardins communautaires de la Ville de Montréal, qui fut pendant près de deux décennies un modèle à travers le monde.

Soutenir davantage les Amélie Morency (Food Room) de ce monde, qui ont de grands rêves pour Montréal, mais qui ont dû abandonner leur projet faute d’appuis suffisants.

Et, rêvons encore davantage, pourquoi ne pas créer des synergies en favorisant l’implantation de marchés publics aux abords des stations de métro, favorisant ainsi aussi bien le transport actif que la saine alimentation ? Prévoir des commerces alimentaires de proximité dans les plans de développement résidentiel des nouveaux quartiers, revoir le menu des cafétérias, arénas et centres sportifs, exiger un pourcentage d’arbres fruitiers dans la politique de l’arbre, jouer le rôle de facilitateur dans l’utilisation temporaire de terrains vacants pour des usages agricoles. De nombreuses villes l’ont comprises en signant le Pacte de Milan, dont Montréal, mais il faut passer à l’action.

L’un des exemples les plus inspirants en ce qui concerne le rôle des villes quant à l’alimentation est probablement la Ville de Munich. À la fin des années 1980, la Ville devait changer son système de captation des eaux devenu désuet. Au lieu d’investir des milliards de dollars dans l’implantation de ce nouveau système, la Ville décida de subventionner la transition des fermes en amont du bassin versant de la ville à l’agriculture biologique. Mais la beauté de l’exemple ne s’arrête pas là, car la Ville décida d’approvisionner les écoles de Munich en fruits et légumes bios issus de cette même agriculture. Bilan 20 ans plus tard : Munich possède le plus grand système naturel de captation des eaux de l’Europe, les écoliers mangent bio et, devinez quoi, la Ville a économisé de l’argent ! À quand un projet similaire pour Montréal ?

Bref, ce ne sont pas les idées qui manquent. Pourtant, l’alimentation ne sera pas un enjeu de la prochaine campagne électorale municipale.

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